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Traduction:
Jean-Christophe Cardot
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ALERTE
5-Mai-2003
Vous pouvez reproduire ce message in extenso ou par extraits.

DE FAUX REPRESENTANTS DE L'OPEN SOURCE DEMANDENT DES BREVETS LOGICIELS EUROPEENS

Un "représentant de l'open source", faux ou trompé, a signé une résolution d'industrie réclamant à l'Union Européenne d'autoriser les brevets logiciels, résolution qui a été envoyée aux membres du Parlement européen. Les copies de la résolution sont ici et ici. La commission juridique européenne tient un vote plénier sur le brevet logiciel ce mercredi, et a pu être influencée par le faux représentant.

Graham Taylor est directeur de l'Open Forum Europe, une organisation qui est supposée travailler pour une plus large acceptation de l'Open Source. Taylor est apparu à divers salons en Europe, en disant des choses raisonnables au sujet de l'Open Source, pendant la dernière année.  L'Open Forum Europe est une division du IT Forum Foundation et de l'InterForum.  Les membres d'InterForum incluent un certain nombre de grandes sociétés qui ont un intérêt notoire dans la promotion du brevet logiciel en Europe. L'organisation commanditaire de M. Taylor a de bons contacts au gouvernement de l'Union Européenne.

J'encourage M. Tailor à évangéliser sur le logiciel Open Source, ce qu'il a fait avec succès depuis un moment. Cependant, il n'a pas la qualification pour représenter les communautés des développeurs de Linux, de l'Open Source et du Logiciel Libre, particulièrement lorsqu'il contredit notre opposition extrêmement forte au brevet logiciel. Alors que M. Taylor a été vu comme orateur public, il ne s'avère pas qu'il ait un quelconque engagement dans des projets Open Source ou avec leurs développeurs, ou qu'il ait évoqué ce sujet avec des organismes représentatifs tels que la Free Software Foundation, l'Open Source Initiative, et le Software in the Public Interest. Aucun représentant légitime de l'Open Source ne penserait à prendre à ce type de position avec le gouvernement sans d'abord tenir une consultation publique avec la communauté des développeurs.

Les brevets logiciels pourraient être fatals au logiciel Open Source aux Etats-Unis et en Europe. Vu que nous ne demandons pas de royalties sur la distribution de nos propres logiciels, nous n'avons aucun fonds pour payer les royalties des détenteurs de brevets. Plutôt que nous poursuivre afin de récupérer de l'argent, attendez-vous à ce que les détenteurs de brevets poursuivent les développeurs Open Source pour les empêcher de distribuer ou de développer leur logiciel plus avant. Les sociétés qui produisent du logiciel propriétaire déclencheront ce type de procès afin de nous tuer en tant que compétiteur.

Bien que nous puissions parfois contourner un algorythme breveté lorsque nous le savons, le développeur Open Source ne peut pas se défendre contre les réclamations de contrefaçon de brevet, même les réclamations invalides. Aux Etats-Unis, le coût d'une defense contre une contrefaçon de brevet dépasse souvent les 500.000 $ [environ autant en Euros]. Puisqu'il ne peut pas payer le coût de sa propre défense, le développeur Open source sera obligé de s'arranger avec son accusateur, indépendamment de la véracité de l'accusation, afin de préserver les intérêts que le plaignant daigne lui laisser. Le copyright de son propre logiciel ne sera pas parmi ces intérêts.

Nous sommes particulièrement menacés par les brevets logiciels destinés à toucher des redevances qui sont inclus dans les normes industrielles. Dans beaucoup de cas, il est impossible d'obtenir la conformité à une norme sans violer les algorithmes brevetés qui sont indiqués dans ce standard. La conformité aux standards est critique pour l'interopérabilité, et les brevets logiciels dans les normes peuvent ainsi faire une île non communicante d'un système Linux. Par exemple, la norme FireWire IEEE 1394 est encombrée de brevets qui s'appliquent aux logiciels s'y connectant, et un ensemble de redevances est géré en liaison avec ce standard.  Les implémentations Linux du FireWire violent potentiellement ces brevets, et la poursuite légale pourrait avoir comme conséquence que notre logiciel devienne incapable d'accéder légalement à des dispositifs FireWire.

Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que nos associés industriels, tels que HP et IBM, nous aident à nous défendre contre les brevets logiciels ou à propos du sujet du brevet logiciel en général. Alors que ces sociétés sont souvent nos amies, leurs intérêts sont également en conflit avec les nôtres. Certains d'entre eux utilisent les brevets logiciels afin de générer du revenu ou pour obtenir des monopoles pour leurs entreprises. Ainsi, IBM avait réclamé des augmentations de brevetabilité du logiciel, bien que ce soit contraire à l'implication d'IBM dans l'Open Source.

Nous ne pouvons pas non plus nous attendre à ce que ces sociétés, pour nous défendre, aillent à l'encontre leurs propres associés. En 2002, Microsoft a informé ses associés de ses plans pour faire des procès en contrefaçon contre les projets Open Source, une intention qu'il avait rendue publique dès 2001, dans une apparition du vice président de Microsoft, Craig Mundie, lors d'une conférence Open Source. Microsoft se retient probablement d'appliquer ses brevets jusqu'à ce que la question de brevetabilité du logiciel soit réglée en Europe, de peur de dissuader les Européens d'autoriser le brevet logiciel. L'année dernière, HP a signé un "pacte de non-agression" avec Microsoft qui pourrait les empêcher de nous aider à l'avenir. On ne sait pas si IBM serait intéressé pour s'opposer à Microsoft afin de protéger un projet Open Source ou un développeur Open Source individuel.

Un problème que nous avons à propos de la non-application actuelle des brevets logiciels est que nous avons peu de dommages à montrer jusqu'ici. Bien qu'au moins une société ait rendu ses plans clairs, il y a eu peu de poursuites de développeurs Open Source pour contrefaçon jusqu'ici. Ma conjecture est que n'importe qui disposant d'un brevet à faire appliquer se tiendra tranquille jusqu'à ce que la décision européenne sur le brevet de logiciel soit prise. Ils ne voudraient pas fournir de preuves contre les lois mêmes qu'ils recherchent.

Ainsi, les brevets logiciels représentent une menace énorme vis à vis de l'Open Source, peut-être fatale une fois que l'Europe aura rejoint les Etats-Unis avec encore plus de brevets logiciels. Cependant, la lettre signée par M. Taylor ne propose aucune vraie protection pour l'Open Source, uniquement que le gouvernement surveille les dommages et édite des rapports.

En corrigeant les actions de M. Taylor, je devrais expliquer qui je suis, et quel droit j'ai de représenter Linux et les développeurs Open Source.

J'ai été un orateur pour la communauté des développeurs Open Source depuis 1993.  Je suis co-fondateur et directeur élu de Software in the Public Interest, Inc., une organisation à but non lucratif exempte d'impôts qui soutient un certain nombre de projets de Logiciels Libres prestigieux. Les membres de SPI sont des particuliers, la plupart d'entre eux auteurs de logiciels qu'ils ont contribués sous une license Open Source. Je suis le créateur de la définition de l'Open Source, le manifeste du mouvement Open Source dans le logiciel. J'ai contribué mon premier Logiciel Libre en 1987, et ai été un développeur important de Linux depuis 1993.  Certains Logiciels Libres que j'ai écris sont largement répandus pour une utilisation commerciale et ont volé sur la navette spatiale. Vous pouvez voir mon curiculum vitae ici [en anglais].

J'agis généralement en consensus avec un plus grand groupe de leaders comprenant des membres de l'Open Source Initiative, de Software in the Public Interest, de la Free Software Foundation, et de divers projets de logiciel.  J'ai publié cette alerte de mon propre chef parce qu'elle concerne une décision gouvernementale dans moins de deux jours, mais consulterai ces organismes à propos de la façon de procéder.

En écrivant cette alerte, je me repose sur des informations fournies par

Vous pouvez me contacter par email [en anglais] à bruce @ perens.com or par téléphone au 510-526-1165 (US Pacific time zone).

Bruce Perens